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À la recherche d’un moment : 
mon vieux brocard

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Il m’arrive souvent de me poser cette question : pourquoi je chasse ?

Et à chaque fois, la réponse change un peu. Parce qu’en réalité, il n’y a pas une seule raison. Il y en a une multitude. Certaines évidentes. D’autres plus profondes. Certaines que l’on comprend immédiatement… et d’autres qu’il faut des années pour réussir à formuler.

J’ai déjà écrit plusieurs fois sur le sujet. Mais récemment, une discussion avec mon ami Michael m’a poussé à réfléchir autrement. Nous parlions de la quête, du trophée... et je me suis entendu lui dire : « Je ne suis pas un chasseur de trophées. »

Pourtant, j’adore la chasse du brocard. Je raffole des heures d’observation, des approches ratées, des matins trop chauds, des soirées où l’on aperçoit enfin une silhouette au loin avant qu’elle ne disparaisse dans les hautes herbes… Mais ce qui m’importe le plus dans ces moments-là, je le comprends maintenant alors que j’écris ces lignes, ce n’est pas de pouvoir ensuite exposer un trophée exceptionnel dans mon salon, non… c’est autre chose.

Je crois que ce que je cherche dans la chasse, avant tout, c’est un moment. C’est LE moment… Un de ces instants incroyables qui prennent encore plus de valeur lorsque la quête a été longue, lorsque l’attente a duré, lorsque l’histoire s’est construite lentement.

 

Parfois, il naît parce que le gibier est rare.

Parfois parce qu’on a identifié un animal précis et qu’on décide que ce sera lui.

Parfois parce que le territoire est magnifique.

Parce que la météo est parfaite.

Parce que les gens avec qui l’on chasse rendent cet instant unique.

Mais au fond, c’est toujours la même chose que je recherche :

Ce moment suspendu qui reste gravé dans la mémoire.

Celui que l’on revit des dizaines de fois ensuite.

Celui que l’on raconte encore des années plus tard.

 

Celui qui revient sans cesse dans nos pensées alors qu’on ne s’y attend pas.

 

Et c’est, à mon goût, une des plus belles choses que peut nous offrir la chasse.

Pour illustrer cela, je vais vous raconter un peu l’histoire d’un brocard après lequel j’ai couru l’été dernier. Et ce qui est amusant, presque contradictoire avec ce que je viens d’écrire plus haut, c’est qu’il était porteur d’un très beau trophée. Mais il y avait aussi autre chose. Une attitude, une grande prudence… une manière de surgir puis de disparaître.

Je l’ai repéré vers la fin du rut, il suivait encore sa chevrette. Je l’ai observé. J’ai senti la carabine sous mes doigts, la canne de pirsch dans l’autre main… j’ai décidé de le laisser repartir… 

 

Il est devenu la raison de me lever au milieu de la nuit. De marcher sur l’herbe humide. De m’asseoir pendant des heures. D’arpenter ce territoire pour l’apercevoir au loin, pour tenter de l’approcher… Comprendre ses habitudes, ses passages.

Quelque chose de magnétique s’est mis à me relier à lui. Jour après jour, il était devenu ce brocard-là. Celui auquel je pensais en me réveillant. Celui que j’espérais réussir à approcher, car je ne voulais pas le tirer de loin, mais m’approcher au plus près de lui.

Le moment du prélèvement a été un moment extrêmement fort. Un moment beau et triste à la fois.

L'animal a été estimé à 8 ans et le trophée a été homologué médaille de bronze.

 

Alors pourquoi je chasse ?

Probablement plus que tout le reste pour ces moments rares qui restent gravés en nous pendant des années. Pour ces souvenirs qui continuent de vivre longtemps après que le silence soit revenu dans la plaine. Ces moments qui nous rappellent que nous sommes vivants. Dans cet entremêlement si difficile à expliquer qui relie la vie et la mort dans l’acte de chasse.

 

Ces moments d’intensité qui nous arrachent, pendant quelques heures, au monde moderne, à son artificialité permanente, à son agitation.

Hier soir, j’ai fait ma première sortie d’affût. J’ai vu les chevreuils courir autour de moi, une trentaine de sangliers de tous âges et de toutes tailles sont venues grouiller autour de mon mirador. J’ai regardé, je me suis abreuvé de leurs grognements. J’ai posé ma carabine sur le bord du mirador, dirigé la croix vers un mal d'une cinquantaine de kilos...

Ce n’étaient pas les bonnes conditions, pas la bonne soirée, pas ce moment si précieux, pas LE moment.

J’ai levé mon arme… et je les ai regardés.

© 2019 par Beber WILD. Créé avec Wix.com

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